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13/02/2011

Werner Herzog : interview imaginée

werner.jpgA l’occasion de la 61ème édition de la Berlinale, une séance spéciale est consacrée au nouveau documentaire 3D de Werner Herzog Cave Of Forgotten Dreams. Inutile de préciser que le réalisateur allemand n’en est pas à son premier coup d’essai en la matière. Depuis Au Pays du Silence et de l’Obscurité (1971) jusqu’à Encounters At The End Of The World (2007), il n’a cessé d’exploiter cette matière narrative, la redessinant en permanence.

En effet, comme le souligne Olivier Père (directeur artistique du Festival de Locarno) dans le n°663 des Cahiers du Cinéma « chez Herzog, l’effet de surprise et de sidération, l’étrange beauté compte sans doute davantage qu’un quelconque assujettissement au réel, documentaire ou pas ». Son dernier documentaire n’y déroge pas, mêlant éléments préhistoriques (peintures rupestres) et nouvelles technologies (utilisation de la 3D), introduisant des crocodiles albinos venus de Louisiane, W. Herzog privilégie la beauté au principe de réalité.

Je suis particulièrement impatient d’assister à la projection du film, dimanche soir peut-être…

En attendant j’ai préparé quelques questions à la volée au cas où il souhaiterait que je l’interviewe (on n’est jamais trop prudent) :

Je souhaiterais d’abord lui demander comment on survit lorsqu’on grandit dans un village perdu de Bavière. Il me répondrait sans doute qu’il a vécu une enfance heureuse, que ses besoins étaient infimes, que l’air de la montagne est tonifiant et ses longues marches vivifiantes.

Je pensais aussi l’interroger sur son ancien rêve de devenir champion de saut à ski, auquel cas il me répondrait sans doute qu’il souhaitait « prolonger le plaisir de goûter à l’expérience suprême de la solitude »

J’en profiterais, au passage, pour lui demander le nom du futur champion olympique de saut à ski (paraît-il que c’est le meilleur à ce jeu là…) ? Alors Werner, Adam Malysz ou Jane Ahonen ?

Pourquoi ne pas l’interroger sur le plaisir de la marche ? Il me répondrait sans doute très justement à l’aide d’une maxime, comme il le fait dans son entretien avec Emmanuel Burdeau (Manuel de Survie), que « le monde se révèle à ceux qui vont à pied ».

On pourrait aussi parler de la Eisnerin (surnom affectueux qu’il donnait à l’historienne et critique de cinéma allemande Lotte Eisner), à cette occasion je lui demanderais si, pour lui avoir sauvé la vie, elle l’avait au moins remercié. « La Eisnerin n’a à dire merci à personne » qu’il rétorquerait. (Au mois de Novembre 1974, Herzog apprend que Lotte Eisner, se trouvant à Paris, est gravement malade et proche de la mort, il décide alors de se rendre à pied à Paris depuis la Bavière, se jurant qu’à la suite d’une telle expérience la Eisnerin ne pourrait mourir. Le livre Sur le chemin des glaces, sous forme de carnet de bord, relate ces longues journées de marche du 23 novembre au 14 décembre 1974. Lotte Eisner est décédée le 25 novembre 1983)

Je saisirais l’occasion pour lui demander s’il se pense meilleur écrivain que cinéaste. Il me répondrait convaincu, que ces livres resteront davantage que ses films.

On passerait du coq à l’âne, je le questionnerais sur sa passion pour les reptiles. Peut-être un œil particulièrement expressif…

On dériverait sans doute sur la vie dans la jungle, la violence de la nature, la nécessité de faire du cinéma « au bord du désastre ». Peut-être me dirait-il simplement que des grands soucis valent mieux que des petits tracas.

On penserait forcément « survie » et je lui demanderais qu’il me cite la chose qui lui manquait le plus pendant la préparation et le tournage de son film Fitzcarraldo. Fier et ému, il me répondrait sans hésiter « mon fils et la Eisnerin », avant de rajouter qu’il trouvait du réconfort auprès de Höderlin et Büchner.

On ne pourrait échapper à la fameuse question sur ses relations avec l’acteur Klaus Kinski. Il commencerait par démentir tous les « mensonges » racontés à son sujet dans la biographie de Kinski, pour finalement me dire que les deux se complétaient formidablement

Je lui rappellerais alors, comme il le fait dans son documentaire Ennemis intimes, qu’il avait tout de même envisagé de le tuer. Lassé il me rétorquerait de manière triviale qu’« on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs »

On parlerait peut-être un peu cinéma, je lui demanderais alors si l’héritage de Lang et de Murnau est un poids ou une chance ? En fait, on aurait pas beaucoup envie de parler de cinéma

Bizarrement on dériverait vers un autre héritage sans doute beaucoup plus difficile à porter. On parlerait assez longtemps de la génération de ses parents. Il finirait par me parler d’Heinrich Böll.

Je le questionnerais sur son rapport à la mort, sa propre expérience. Calme et froid il me dirait que ce n’est pas un sujet auquel il pense, que, quoiqu’il se passe, il doit aller au bout des choses, que l’inachevé a un goût de petite mort. Je finirais par lui lire ce passage écrit dans son livre La Conquête de l’Inutile : « Hier Walter m’a tiré très tôt de mon sommeil, à quatre heures du matin, alors qu’il faisait encore nuit noire ; il y avait un appareil pour Lima une demi-heure plus tard. J’ai sauté encore endormi dans mes vêtements, dans une chaussure, puis dans l’autre, mais une chaussette roulée en boule était enfoncée à l’intérieur. J’ai glissé ma main dans la chaussure et j’ai réalisé tout à coup que je tenais une mygale velue grosse comme le poing. J’ai jeté l’araignée sur le sol et me suis dit à quel point c’était banal et humiliant de perdre la vie de cette façon. J’ai réfléchi un moment pour savoir si je devais m’asseoir ou si je préférais me relever et être debout. Lorsque je me suis décidé à constater debout ce qui s’était passé, mon cœur s’est mis brusquement à cogner lourdement, toussant d’abord comme un moteur qui refuse de démarrer dans le froid. J’étais assis, silencieux, dans la Jeep, fâché contre moi-même et contre le monde des grandes araignées » (page 68-69, W. Herzog, La Conquête de l’inutile, éditions Capricci, 2009).

En guise de dernière question je ne pourrais m’empêcher de lui demander la raison de sa longévité dans le cinéma ? Il me répondrait que son propos s’est affiné au fil des ans et qu’il est sans doute un des cinéastes les plus talentueux. J’acquiescerai timidement …

PHC

19:40 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Warum nicht...
A quand l'interview la vraie?!!
Mais bon, j'adore les contrefaçons quand elles sont bonnes ;)

Écrit par : MAT | 11/02/2011

C'est vrai que ça fait un peu "journal d'un mec frustré"
On a croisé Costa-Gavras et Wim Wenders aujourd'hui mais on n'a pas tenté la petite interview

Écrit par : PHC | 11/02/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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