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13/02/2011

Carnet de bord : jour 4

 

1930733668.JPGEncore un réveil très difficile pour notre troisième jour à Berlin. Nous prenons notre temps, déjeunons tous ensemble et passons une partie de l’après-midi à écrire des articles, charger quelques photos, et dérusher.

 

Nous avons un rendez-vous un peu plus tard avec Denis Carot, producteur chez Elzévir Films, à l’hôtel Mariott. L’endroit est bien entendu très luxueux. Une partie du marché est installé ici également, certains stands sont éparpillés dans les vastes étages du palace. Nous prenons le temps d’installer un beau plan en demandant l’autorisation au personnel de l'hôtel, et attendons le producteur. Nous devons faire vite car il est à Berlin seulement pour le week-end et enchaîne les rendez-vous… Nous discutons tout de même une demi-heure avec lui des différents projets qu’il défend actuellement.

Nous faisons un petit détour par le comptoir des accréditations afin de retirer des places pour le lendemain. Forcément la plupart des séances du dimanche sont inaccessibles ou complètes. Il y a une programmation très attendue ce jour là au Berlinale Palast : Les contes de la nuit de Michel Ocelot, Pina de Wim Wenders, et Cave of forgotten dreams de Werner Herzog. Il n’y aura donc pas de film pour nous demain malheureusement…

 

Nous nous rendons néanmoins au cinéma l’Urania, dans Berlin Ouest pour la séance du film Margin Call de JC Chandor, avec Kevin Spacey, Jeremy Irons et Demi Moore. Thriller palpitant ayant comme théâtre Wall Street au moment de la crise financière. Certain d’entre nous vont voir Life in a day de Kevin McDonald produit par Ridley Scott. Film-pari assemblant des images envoyées par les internautes via Youtube et montées ensemble offrant une sorte d’instantané de la journée du 24 juillet 2010 dans le monde, un témoignage de notre époque.

 

Après le film, il est temps de tous nous retrouver à l’appartement pour dîner et se répartir quelques taches pour l’avancée du projet. Nous passons un moment à travailler chacun de notre côté et commençons à boire quelques verres avant de décider de sortir dans un bar pas très loin : le Republik Bar. Nous sommes samedi soir mais les excès de la veille ont laissé des traces et courir dans les immenses clubs de Berlin n’inspire personne.

 

Nous arrivons donc dans ce bar à l’ambiance idéale pour nous ce soir : c’est assez petit, plein à craquer, la musique est festive, et le rhum coule à flot… Nous commandons une tournée de rhum-maté (découverte berlinoise à importer ici de toute urgence) et commençons à nous imprégner du lieu. Le bar a une mascotte : un type au style improbable, il passe de groupe en groupe pour raconter des blagues en allemand et se met à vous crier dessus d’un seul coup, sans raison apparente. Il est à moitié fou, aussi allumé qu’Iggy Pop à l’Octoberfest. Il va sur la piste et écarte la foule avant de se lancer dans des pas de danse endiablés, tel un Indien appelant la pluie, tel Nuage d’encens. J’oserais même ce jeu de mot ridicule : Nuage dansant. Nous voici donc là à siroter nos rhum-maté, danser, et draguer. Notre mascotte revient au milieu de la piste avec un joint d’environ un mètre de long et fait tirer une bouffée à tout le monde (un calumet de la paix en somme). La soirée se déroule ainsi pendant des heures : samedi soir, nous tenons encore le rythme…

HV

12/02/2011

Carnet de bord : jour 3

821240920.JPGNous voici tous les six en direction du marché du film pour un rendez-vous avec Roberto Olla sur le stand d'Eurimages. Nous tournons une interview très intéressante avec lui sur le financement du cinéma européen. Roberto Olla est un homme brillant, il se montre de plus très disponible à notre égard pour quelqu'un de son calibre. Nous prenons quelques plans de caméra à droite à gauche dans le marché du film. Il s'agit d'un grand espace étendu sur deux étages dans un bâtiment somptueux. De très nombreux distributeurs français et européens sont présents, ainsi que les commissions de films de la plupart des pays du continent. L'atmosphère est agréable, l'ensemble de la profession est là, à visionner des extraits et négocier des droits de films. Une grande partie de ce que sera le Cinéma européen cette année se joue ici.


Nous allons déjeuner rapidement avant de retourner vers le Berlinale Palast pour prendre des plans d'ensemble et réaliser un micro-trottoir. Les interventions sont plus ou moins intéressantes mais c'est un peu le principe d'un micro-trottoir finalement.


Le temps passe et il est déjà temps pour nous de nous rendre à la projection du film Offside de Jafar Panahi. Le réalisateur iranien devait être membre du jury cette année mais il a été emprisonné il y a quelques mois pour avoir tourné un film sur les manifestions de Téhéran l'an dernier. Nous avons eu la chance d'obtenir des places pour cette belle séance dans la principale salle de la Berlinale. Une importante foule est déjà massée autour de l'entrée, l'effervescence est à son comble. Nous arpentons le tapis rouge devant les photographes, non sans une certaine excitation. Nous croisons Costa-Gavras qui a juste le temps de nous décrocher un large sourire (true story) et pénétrons dans l'enceinte. Nous récupérons un casque pour une traduction instantanée du film en français (parce que le farci sous-titré en allemand ce n'est pas gagné), et nous montons nous installer à nos places. Je ne m'étendrais pas sur la présentation du film car il y a déjà un article dessus mais il s'agit incontestablement d'un des meilleurs souvenirs de notre séjour berlinois.


Après la projection, nous rentrons tranquillement à la maison pour écrire à chaud un article sur le film, et enchaînons par un apéritif tous ensemble. Nous sortons quelques heures plus tard en direction d'une péniche sur la Spree aménagée en club dont j'ai oublié le nom. Nous profitons d'être à Berlin pour faire la fête, partageant les verres et les éclats de rire, des étoiles dans les yeux et des bourdonnements dans la tête : la soirée offre ce que la scène électronique berlinoise a de meilleure actuellement et nous ne nous privons pas.


Je tairais l'heure à laquelle nous nous couchons ce soir-là parce que c'est indécent...

HV

11/02/2011

HORS-JEU : séance spéciale pour Jafar Panahi

 

jafar_panahi.jpgIl m’est impossible de publier un texte sur ce film sans commencer par évoquer la séance en elle-même. Aujourd’hui, nous avons assurément assisté à l’un des moments forts du festival. Peut-être le plus émouvant. J’appréhendais un peu la présentation du film, cette séquence émotion, militante, dans un cadre un peu pompeux. Rien de tout cela ne fut palpable, on sentait au contraire l’expression de sentiments sincères et pudiques à l’égard du réalisateur iranien au sort malheureux. L’expression d’une corporation unie face à la bêtise d’un régime, face au mépris de la liberté d’expression et de l’art en général. La prise de conscience peut-être que le cinéma n’est pas qu’un monde de paillettes mais bien un moyen de changer les choses, de critiquer, d’exprimer des opinions. La prise de conscience encore que faire des films c’est posséder un certain pouvoir et devoir assumer des responsabilités.

Quel meilleur endroit que la Berlinale pour projeter une œuvre comme celle-ci ? Le festival accorde une importance particulière au pluralisme et à la découverte de nouveaux talents. Le film fût d’ailleurs gratifié d’un Ours d’Argent en 2006. Quelle ville plus emblématique pour évoquer un régime bafouant la liberté des individus ? Berlin fut le théâtre d’une double dictature et est aujourd’hui la capitale d’un modèle de démocratie. Quelle meilleure date que ce 11 février, anniversaire de la révolution iranienne, pour parler de la situation dans ce pays ? Les spectateurs ne s’y sont pas trompés, la salle était pleine et quelques grands noms du cinéma tenaient à manifester leur soutien à Jafar Panahi : Wim Wenders, Bruno Ganz, Costa-Gavras, Thierry Frémaux du festival de Cannes, Jérôme Clément, vice-président d'ARTE, et le jury au grand complet (Isabella Rossellini, Aamir Khan, Guy Maddin, Nina Hoss…).

Le film en vaut assurément la peine. Un car de supporters déchainés avance en direction d’un stade. L’Iran affronte le Bahreïn en vue de la qualification à la Coupe du Monde 2006. Une jeune fille d’allure masculine, discrètement assise, se prépare à accéder au stade. Le film est ainsi lancé, tel le coup d’envoi d’un arbitre. Pour autant, Panahi ne joue pas un rôle d’arbitre, il se positionne et ne se contente pas de décrire de simples faits.

Le travail sur la temporalité est intéressant : 90 minutes pour évoquer la condition des femmes en Iran, 90 minutes où l’on rit et on s’émeut. Panahi utilise ici un format pour développer son histoire, où durée du jeu et du film se confondent, comme si un match de football n’était finalement qu’une histoire au dénouement incertain. Cette rencontre, véritable fil rouge du film, ne trouve pourtant pas sa place à l’écran. L’information est donnée par détours : les commentaires des gardiens, l’émission à la radio. Du reste, le jeu n’est pas l’aspect essentiel du film, l’histoire est connue, l’Iran va se qualifier. Le sort des jeunes filles passionnées de football est davantage captivant.

La jeune fille ne passera pas les barrières du stade, elle est arrêtée avant de rejoindre les gradins et conduite vers d’autres barrières : une sorte de cage à ciel ouvert où d’autres supportrices l’attendent. Le match est vraiment lancé, le film a véritablement débuté. Autour du stade, une relation va s’installer entre les jeunes filles et les gardiens qui les surveillent. Ces derniers sont en service forcé, ils n’ont visiblement pas envie d’être là. Ils sont pour la plupart des provinciaux, paysans, ne s’intéressent pas tellement à la politique et n’ont guère de point de vue sur la situation des femmes. Peu à peu, malgré leur responsabilité ils vont se montrer compatissants, bienveillants, à l’égard de ces jeunes filles. Ils partageront ce moment, sportivement historique, et oublieront pour un temps, les règles en vigueur.

Panahi réussit le tour de force de placer sa caméra dans un espace confiné la majeure partie du temps. Il développe son histoire dans une temporalité précise, aborde un sujet sérieux, et pourtant le spectateur respire. Il n’est pas enfermé dans un point de vue plombant. Il rit au contraire. Cet espace-temps est métaphorique d’un pays qui, petit à petit, s’enferme sur lui-même.

Il y a aussi un rapport à l’identité sexuelle : toutes ces jeunes filles se font passer pour des hommes pour assister à un match de football. Elles sont encore plus passionnées qu’eux. Pourtant, elles n’ont pas le droit d’en jouir pleinement, elles ne peuvent profiter de la fonction d’exutoire du stade. Elles sont déguisées de manière quasi-burlesque. Certaines règles absurdes provoquent la tricherie et, malgré le sérieux de la situation, déclenchent le rire. Comme cette jeune fille, qui revêt un costume de soldat et s’installe en tribune présidentielle à la place d’un officier, ou comme ce gardien qui tente d’empêcher les hommes d’entrer aux toilettes pendant qu’une prisonnière les utilise.

Qu’ils soient gardiens ou prisonnières, nos personnages sont jeunes et ceci est leur point commun principal. Ils n’ont pas choisis ce régime, et semblent vouloir s’en démarquer le plus possible. Cette jeunesse iranienne est pourtant patriotique et possède une foi sans faille en son équipe. Son désir n’est pas de fuir mais de reconstruire, on le comprend en regardant la foule en liesse « vibrant » dans les rues de Téhéran à la fin du match.

Jafar Panahi a été arrêté l’an dernier pour avoir filmé la jeunesse iranienne dans les rues entrain de manifester son mécontentement. Ce soir nous allons pouvoir parler librement de ce film, nous allons pouvoir critiquer le régime iranien, et publier un article sur un blog. Ce soir nous sommes libres à Berlin et Jafar Panahi dort en prison, et la jeunesse iranienne est toujours bâillonnée…

HV

21:31 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0)

Carnet de bord : jour 2

 

IMG_0244.JPGComme convenu le réveil sonne à 8H30, comme prévu il nous est impossible de nous réveiller. Les filles nous tirent du lit, plus ou moins gentiment. Elles partent avant nous, largement avant nous même. 10H, nous finissons par nous remuer : il faut retirer nos accréditations et prendre des places pour True Grit des frères Coen, film d’ouverture du festival. C’est le premier jour et nous ne sommes pas particulièrement frais mais nous entrons néanmoins dans le vif du sujet.

La plupart des lieux dédiés à la Berlinale sont autour de la Potsdamer Platz. Le comptoir pour retirer les accréditations est dans le Daimler Building. Nous récupérons donc nos sacoches avec guides et divers flyers. Nous distribuons aussi quelques plaquettes de l’école. Nous décidons enfin d’aller faire quelques courses pour la semaine avant de repasser à l’appartement pour déjeuner et écrire deux ou trois articles pour le blog. Nous avons rendez-vous en milieu d’après-midi avec quelques personnes du staff de la Berlinale pour réaliser des interviews. Nous devons par ailleurs récupérer une autorisation auprès du service presse pour tourner dans le marché du film.

16h. Nous voici donc de retour au Daimler Building. Nous faisons un détour par l’hôtel Hyatt, au service presse où l’on nous balade de bureau en bureau. Nous tombons finalement sur le bon interlocuteur et nous finissons par obtenir notre autorisation. Tout le service est entrain de boire du Champagne mais on trouve quand même le temps de nous donner notre sésame. Je prendrais bien une coupe avec eux mais on ne va pas abuser et nous avons des choses à faire.

Direction maintenant la projection de True Grit au Friedrichstadt Palast : immense salle art déco, une sorte de cabaret. La séance est complète et débute par la rediffusion de la cérémonie d’ouverture : nous n’avions malheureusement pas accès à la projection officielle en compagnie des frères Coen et de l’équipe artistique au Berlinale Palast. Une attente assez longue avant le film, même si la cérémonie d’ouverture était assez drôle et vivante. La surprise est venue de l’apparition du président de la Berlinale dans notre salle. Son discours (en allemand) était visiblement très amusant mais je suis dans l’incapacité d’en retranscrire le moindre mot. Passons au film maintenant, un western élégant, original, très bien interprété par Jeff Bridges et la jeune Hailee Steinfeld.

Après la projection, direction le Zapata, bar insalubre à l’ambiance pseudo branchouille. Je suis un peu dur je le concède : le cadre est plutôt sympathique et l’atmosphère festive. Un groupe de « rock » est là pour divertir la foule. Un groupe comme on en voit maintenant dans tous les bars de toutes les villes du monde, un groupe de baby rockers un peu fake. Les filles apprécient, tant mieux pour elles. Tournée de bières, de rhums-coca, de téquilas-sel-citron. Le son devient plus animé, peu original certes, mais dansant. Nous montons en puissance. On passe de Blur à Nirvana, de Fat Boy Slim à Prince, que des classiques quoi. Les heures passent, certains vont ailleurs, les autres restent. Nous nous retrouverons tous à l’appartement pour une courte nuit avant notre deuxième jour à Berlin…

HV

TRUE GRIT des frères Coen

true grit.jpgPrésenté Hors Compétition, True Grit faisait cette année l’ouverture de la Berlinale. Très attendu par les critiques, il a tenu toutes ses promesses.

True Grit, c’est l’histoire d’un trio assez improbable. Reuben Cogburn, dit « Rooster », est un ancien soldat-guérillero reconverti en U.S. Marshal alcoolique, dont le cache-œil suggère une certaine aigreur. Sa vie bascule quand la petite Mattie Ross, 14 ans, l’engage pour retrouver Tom Chaney, l’homme qui a tué son père. LaBoeuf, un texan au faux air de dandy, également à la recherche de Chaney pour d’autres raisons, se joint à l’aventure.

Cette histoire de vengeance, inspirée d’un roman de Charles Portis, avait déjà été portée au grand écran par Henry Hathaway en 1969 et avait valu à John Wayne l’Oscar du meilleur acteur pour le rôle de Rooster. Mais les frères Coen parviennent à apporter leur touche personnelle et le film apparait moins comme un remake du film d’Hathaway qu’une seconde adaptation du roman culte.

Les retrouvailles entre Jeff Bridges et les frères Coen douze ans après The Big Lebowski sont à la hauteur des espérances. L’acteur incarne en effet un Rooster moins aimable, mais plus réaliste que le personnage du film de Hathaway. Le rôle de LaBoeuf, confié à Matt Damon, gagne en profondeur et rend le trio plus intense. Le film se construit autour de la petite Mattie, brillamment incarnée par Hailee Steinfeld, pleine de détermination et qui, du haut de ses 14 ans, arrive littéralement à mener à la baguette les deux truands.

C’est dans ce triangle émotionnel que le film prend forme. Rooster voue un amour paternel à Mattie, qui reste méfiante pour ne pas perdre de vue le but de cette aventure, et LaBoeuf joue un rôle de grand frère.

Mais ces relations évoluent et se complexifient, et c’est là que réside le brio des frères Coen. Leur humour tranchant offre encore une fois des dialogues surprenants au service des acteurs, qui alternent réserve et proximité.

S’attaquer à une légende du western s’annonçait être une entreprise difficile, téméraire pour les plus sceptiques, mais c’est avec talent que les frères Coen o nt repris ce classique du cinéma. Les paysages de l’Ouest américain inscrivent le film dans la continuité de No Country For Old Men qui avait déjà marqué les esprits par la beauté remarquable de ses plans. La photo de Roger Deakins crée une ambiance de contraste qui permet de nourrir le décalage et l’évolution des personnages. On pourrait toutefois leur reprocher ce sens de l’esthétique parfois un peu trop développé quand ils enchaînent pendant plusieurs minutes des plans larges, qui ne trouvent pas toujours de justification dans l’intrigue.

Mais en somme, on retient de ce film un aspect harmonieux et surtout agréable, et qui ressort de tous les films de Joel et Ethan Coen : l’impression qu’ils ont pris un plaisir, presque enfantin, à mettre en scène cette histoire.

JL

09:15 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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