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13/02/2011

LIFE IN A DAY, un projet de cinéma participatif

Life-in-a-Day.jpg

C'est la rencontre entre un réalisateur de légende, Ridley Scott (Robin des bois, Blade Runner, Alien), un réalisateur/monteur de talent Kevin McDonald (Le dernier roi d'Ecosse), 192 internautes du monde entier, et une plateforme de partage de vidéo!

Le concept proposé par les deux cinéastes retranscrit à ce jour une expérience cinématographique inédite, novatrice et expérimentale. En effet, les cinéastes ont invité des milliers d'internautes à se filmer le 24 juillet 2010 et à poster leur vidéo sur un espace dédié via Youtube. Les consignes étaient simples: capturer en quelques minutes un instant de vie sur un thème libre (le rire, la tristesse, l'homosexualité, le racisme, la maladie, l'amour, la naissance, le sport, les voyages,...) en faisant preuve d'originalité et de créativité tout en respectant les règles du droit d'auteur. Au final, 192 internautes ont été retenus. En ce qui concerne la date, il semble que le 24 juillet n'évoque rien de particulier, les initiateurs du projet étant seulement intéressés par l'idée de créer une photo instantanée de la vie des habitants de la planète en 2010.

L'équipe du film, notamment Kevin McDonald qui faisait ici office de réalisateur, Ridley Scott n'étant que producteur, a eu environ 5 mois pour monter le film puisqu'il devait impérativement être prêt pour le Festival de Sundance qui avait lieu début Février aux États-Unis.

Il faut noter une bande-son remarquable avec de très beaux morceaux totalement en accord avec les différentes ambiances du film. D'ailleurs le titre du film Life In A Day ne rappelle-t-il pas un magnifique morceau des Beatles intitulé A Day in the Life ? De même, les bruitages sont très bien réalisés ce qui donne une immense intensité à certains instants.  On aurait pu craindre que cet arrangement de petites vidéos soit assez lassant pour le spectateur car relatant des moments du quotidien connus de tous. Or, ce n'est point le cas. En effet, les plans, le montage mais surtout les thèmes traités qui sont parfois très difficiles (pauvreté, oppression, cancer, abandon,...) donnent beaucoup de profondeur et de relief à l'expérience et soulèvent de réelles questions sur les problèmes majeurs de la société actuelle en poussant à l'introspection et à la réflexion.

Au vu des avancées technologiques de plus en plus grandes et de l'inévitable utilisation d'internet dans la vie quotidienne, on peut se demander si ce type d'expérience ne sera que ponctuel ou bien s'il a ouvert la voie à tout un courant de films qui feront appel aux internautes pour la réalisation...

EG

11/02/2011

HORS-JEU : séance spéciale pour Jafar Panahi

 

jafar_panahi.jpgIl m’est impossible de publier un texte sur ce film sans commencer par évoquer la séance en elle-même. Aujourd’hui, nous avons assurément assisté à l’un des moments forts du festival. Peut-être le plus émouvant. J’appréhendais un peu la présentation du film, cette séquence émotion, militante, dans un cadre un peu pompeux. Rien de tout cela ne fut palpable, on sentait au contraire l’expression de sentiments sincères et pudiques à l’égard du réalisateur iranien au sort malheureux. L’expression d’une corporation unie face à la bêtise d’un régime, face au mépris de la liberté d’expression et de l’art en général. La prise de conscience peut-être que le cinéma n’est pas qu’un monde de paillettes mais bien un moyen de changer les choses, de critiquer, d’exprimer des opinions. La prise de conscience encore que faire des films c’est posséder un certain pouvoir et devoir assumer des responsabilités.

Quel meilleur endroit que la Berlinale pour projeter une œuvre comme celle-ci ? Le festival accorde une importance particulière au pluralisme et à la découverte de nouveaux talents. Le film fût d’ailleurs gratifié d’un Ours d’Argent en 2006. Quelle ville plus emblématique pour évoquer un régime bafouant la liberté des individus ? Berlin fut le théâtre d’une double dictature et est aujourd’hui la capitale d’un modèle de démocratie. Quelle meilleure date que ce 11 février, anniversaire de la révolution iranienne, pour parler de la situation dans ce pays ? Les spectateurs ne s’y sont pas trompés, la salle était pleine et quelques grands noms du cinéma tenaient à manifester leur soutien à Jafar Panahi : Wim Wenders, Bruno Ganz, Costa-Gavras, Thierry Frémaux du festival de Cannes, Jérôme Clément, vice-président d'ARTE, et le jury au grand complet (Isabella Rossellini, Aamir Khan, Guy Maddin, Nina Hoss…).

Le film en vaut assurément la peine. Un car de supporters déchainés avance en direction d’un stade. L’Iran affronte le Bahreïn en vue de la qualification à la Coupe du Monde 2006. Une jeune fille d’allure masculine, discrètement assise, se prépare à accéder au stade. Le film est ainsi lancé, tel le coup d’envoi d’un arbitre. Pour autant, Panahi ne joue pas un rôle d’arbitre, il se positionne et ne se contente pas de décrire de simples faits.

Le travail sur la temporalité est intéressant : 90 minutes pour évoquer la condition des femmes en Iran, 90 minutes où l’on rit et on s’émeut. Panahi utilise ici un format pour développer son histoire, où durée du jeu et du film se confondent, comme si un match de football n’était finalement qu’une histoire au dénouement incertain. Cette rencontre, véritable fil rouge du film, ne trouve pourtant pas sa place à l’écran. L’information est donnée par détours : les commentaires des gardiens, l’émission à la radio. Du reste, le jeu n’est pas l’aspect essentiel du film, l’histoire est connue, l’Iran va se qualifier. Le sort des jeunes filles passionnées de football est davantage captivant.

La jeune fille ne passera pas les barrières du stade, elle est arrêtée avant de rejoindre les gradins et conduite vers d’autres barrières : une sorte de cage à ciel ouvert où d’autres supportrices l’attendent. Le match est vraiment lancé, le film a véritablement débuté. Autour du stade, une relation va s’installer entre les jeunes filles et les gardiens qui les surveillent. Ces derniers sont en service forcé, ils n’ont visiblement pas envie d’être là. Ils sont pour la plupart des provinciaux, paysans, ne s’intéressent pas tellement à la politique et n’ont guère de point de vue sur la situation des femmes. Peu à peu, malgré leur responsabilité ils vont se montrer compatissants, bienveillants, à l’égard de ces jeunes filles. Ils partageront ce moment, sportivement historique, et oublieront pour un temps, les règles en vigueur.

Panahi réussit le tour de force de placer sa caméra dans un espace confiné la majeure partie du temps. Il développe son histoire dans une temporalité précise, aborde un sujet sérieux, et pourtant le spectateur respire. Il n’est pas enfermé dans un point de vue plombant. Il rit au contraire. Cet espace-temps est métaphorique d’un pays qui, petit à petit, s’enferme sur lui-même.

Il y a aussi un rapport à l’identité sexuelle : toutes ces jeunes filles se font passer pour des hommes pour assister à un match de football. Elles sont encore plus passionnées qu’eux. Pourtant, elles n’ont pas le droit d’en jouir pleinement, elles ne peuvent profiter de la fonction d’exutoire du stade. Elles sont déguisées de manière quasi-burlesque. Certaines règles absurdes provoquent la tricherie et, malgré le sérieux de la situation, déclenchent le rire. Comme cette jeune fille, qui revêt un costume de soldat et s’installe en tribune présidentielle à la place d’un officier, ou comme ce gardien qui tente d’empêcher les hommes d’entrer aux toilettes pendant qu’une prisonnière les utilise.

Qu’ils soient gardiens ou prisonnières, nos personnages sont jeunes et ceci est leur point commun principal. Ils n’ont pas choisis ce régime, et semblent vouloir s’en démarquer le plus possible. Cette jeunesse iranienne est pourtant patriotique et possède une foi sans faille en son équipe. Son désir n’est pas de fuir mais de reconstruire, on le comprend en regardant la foule en liesse « vibrant » dans les rues de Téhéran à la fin du match.

Jafar Panahi a été arrêté l’an dernier pour avoir filmé la jeunesse iranienne dans les rues entrain de manifester son mécontentement. Ce soir nous allons pouvoir parler librement de ce film, nous allons pouvoir critiquer le régime iranien, et publier un article sur un blog. Ce soir nous sommes libres à Berlin et Jafar Panahi dort en prison, et la jeunesse iranienne est toujours bâillonnée…

HV

21:31 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0)

TRUE GRIT des frères Coen

true grit.jpgPrésenté Hors Compétition, True Grit faisait cette année l’ouverture de la Berlinale. Très attendu par les critiques, il a tenu toutes ses promesses.

True Grit, c’est l’histoire d’un trio assez improbable. Reuben Cogburn, dit « Rooster », est un ancien soldat-guérillero reconverti en U.S. Marshal alcoolique, dont le cache-œil suggère une certaine aigreur. Sa vie bascule quand la petite Mattie Ross, 14 ans, l’engage pour retrouver Tom Chaney, l’homme qui a tué son père. LaBoeuf, un texan au faux air de dandy, également à la recherche de Chaney pour d’autres raisons, se joint à l’aventure.

Cette histoire de vengeance, inspirée d’un roman de Charles Portis, avait déjà été portée au grand écran par Henry Hathaway en 1969 et avait valu à John Wayne l’Oscar du meilleur acteur pour le rôle de Rooster. Mais les frères Coen parviennent à apporter leur touche personnelle et le film apparait moins comme un remake du film d’Hathaway qu’une seconde adaptation du roman culte.

Les retrouvailles entre Jeff Bridges et les frères Coen douze ans après The Big Lebowski sont à la hauteur des espérances. L’acteur incarne en effet un Rooster moins aimable, mais plus réaliste que le personnage du film de Hathaway. Le rôle de LaBoeuf, confié à Matt Damon, gagne en profondeur et rend le trio plus intense. Le film se construit autour de la petite Mattie, brillamment incarnée par Hailee Steinfeld, pleine de détermination et qui, du haut de ses 14 ans, arrive littéralement à mener à la baguette les deux truands.

C’est dans ce triangle émotionnel que le film prend forme. Rooster voue un amour paternel à Mattie, qui reste méfiante pour ne pas perdre de vue le but de cette aventure, et LaBoeuf joue un rôle de grand frère.

Mais ces relations évoluent et se complexifient, et c’est là que réside le brio des frères Coen. Leur humour tranchant offre encore une fois des dialogues surprenants au service des acteurs, qui alternent réserve et proximité.

S’attaquer à une légende du western s’annonçait être une entreprise difficile, téméraire pour les plus sceptiques, mais c’est avec talent que les frères Coen o nt repris ce classique du cinéma. Les paysages de l’Ouest américain inscrivent le film dans la continuité de No Country For Old Men qui avait déjà marqué les esprits par la beauté remarquable de ses plans. La photo de Roger Deakins crée une ambiance de contraste qui permet de nourrir le décalage et l’évolution des personnages. On pourrait toutefois leur reprocher ce sens de l’esthétique parfois un peu trop développé quand ils enchaînent pendant plusieurs minutes des plans larges, qui ne trouvent pas toujours de justification dans l’intrigue.

Mais en somme, on retient de ce film un aspect harmonieux et surtout agréable, et qui ressort de tous les films de Joel et Ethan Coen : l’impression qu’ils ont pris un plaisir, presque enfantin, à mettre en scène cette histoire.

JL

09:15 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0)

07/02/2011

You Talkin' To Me ?

taxi_driver.01.jpg

En 1976, sortait Taxi Driver, de Martin Scorsese, film devenu culte depuis sa sortie en salles. La Berlinale propose cette année une version restaurée numérique en qualité 4K. Le scénariste Paul Schrader viendra présenter lui-même cette nouvelle version. Ce sera l’occasion pour nous de revoir ce magnifique long-métrage, aussi beau que dérangeant…

De retour du Vietnam, Travis Bickle, est profondément marqué par les atrocités de cette guerre. Il se fait engager dans une compagnie de taxis new-yorkaise. En parcourant la ville de long en large toutes les nuits, il est le témoin d’un spectacle violent et décadent. Ce paysage dépravé ainsi que ses rencontres nocturnes font ressortir en lui haine et traumatisme le poussant chaque jour un peu plus vers la folie. Il rencontrera une jeune prostituée de 14 ans et décidera de la délivrer de ses souteneurs. Par cette action, on comprend qu’il est en quête de rédemption.

Grâce à un scenario original de Paul Schrader, scénariste de renom (Yakuza de Sydney Pollack, Obsession de Brian de Palma, American Gigolo réalisé par lui-même ou encore Raging Bull de Martin Scorsese) à la réalisation parfaite du talentueux Martin Scorsese ainsi qu’à un jeu d’acteur incroyable (Robert De Niro, Jodie Foster, Harvey Keitel…), Taxi Driver est considéré comme un chef d’œuvre du 20ème siècle. Le film fut nommé quatre fois aux Oscars notamment dans la catégorie « meilleur film ». Il remporta la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1976.

 

Au départ, le projet était conçu pour le réalisateur Mulligan, et le rôle-titre écrit pour Jeff Bridges. Le script a été racheté par les producteurs Michaël et Julia Philips qui réunirent la somme de 1,3 millions de dollars. Malgré un financement difficile, le film a pu voir le jour.

Taxi Driver traite de plusieurs sujets audacieux pour l’époque et notamment de la Guerre du Vietnam (1959-1975), événement majeur dans l’histoire des Etats-Unis. En effet, l’intervention des Etats-Unis dans cette guerre a été vivement critiquée et a été l’enjeu des campagnes politiques américaines (primaires et présidence des USA). Aussi, Jonhson, McCarthy, Humphrey, Kennedy, ou encore Nixon ont tous fondé leur élection sur leur positionnement pro ou anti-guerre. Les atrocités et exactions commises par l’armée américaine (massacre de civils notamment) sont condamnées par l’opinion publique et de nombreux artistes ou hommes d’influence prennent position contre l’enlisement des Etats-Unis. Les soldats américains firent aussi l’objet de nombreuses tortures lors de leur captivité par les armées ennemies.

À leur retour, les soldats américains s’avèrent être profondément marqués psychologiquement par toutes les atrocités de la guerre. Nombreux sont rentrés traumatisés, dépressifs, ou presque fous tant les conditions de vie là-bas furent abominables. De plus, fortement encouragés au départ, ils se retrouvent dénigrés par l’opinion publique à leur retour, principalement en raison de la couverture médiatique désastreuse de cet interminable conflit.

Le cinéma s’est emparé de la Guerre du Vietnam et de nombreux films engagés ont vu le jour dès le début des années soixante-dix :

- Le Merdier de Ted Post (1978)

- Voyage au bout de l’Enfer de Michaël Cimino (1978)

- The Wa rat Home de Glenn Silber (1979)

- Apocalypse Now de Francis Ford Coppola  (1979)

- Full metal Jacket de Stanley Kubrick (1987)

- Good Morning Vietnam de Barry Levinson (1987)

- Platoon d’Oliver Stone (1986)

- Rambo de Ted Kotcheff (1982)

- Le Retour de Hal Ashby (1978)…

 

Martin Scorsese explique dans le livre « Scorsese par Scorsese » de David Thompson et Ian Christie sa vision du film et donne des clés au spectateur :

 

« Presque tout dans Taxi Driver vient de ce que je pense que les films sont une sorte d’état onirique, comme quand on prend de la drogue. Le choc qu’on ressent en sortant de la salle dans la pleine lumière du jour peut devenir terrifiant (…). Le film dans son ensemble découle un peu des impressions qu’a ressenties un homme né à New York et qui y vit. Il y a un plan où la caméra a été montée sur le capot du taxi qui passe devant un enseigne où il y a écrit « fascination ». C’est tout le sens du film : être fasciné, cet ange exterminateur qui flotte à travers les rues d’une métropole qui représente à mes yeux toutes les grandes villes (…) Il faut bien comprendre que Travis a les meilleures intentions du monde ; il croit bien faire, comme Saint-Paul. Il veut donner un grand coup de balai dans l’existence, laver son esprit, purifier son âme. C’est un mystique mais au sens où Charles Bronson l’était, ce qui ne veut pas dire que c’est une vertu. La clé du film, c’est l’idée qu’il faut être assez courageux pour accepter ses propres sentiments et les transformer en actes. Instinctivement, j’ai montré que l’action n’était pas une fin en soi, et ça a créé un regard encore plus distancié sur ce qui se passe…».

 

Enfin, comment terminer cet article sans évoquer une des répliques les plus cultes du cinéma américain qui est souvent reprise, citée, ou parodiée :

« You talkin' to me ? You talkin' to me ? You talkin' to me ? Then who the hell else are you talkin' to ? You talkin' to me? Well I'm the only one here. Who the fuck do you think you're talking to ? »

Robert De Niro a, dit-on, improvisé cette réplique sur le moment alors qu’elle ne figurait pas dans le scenario de départ. La légende raconte que l’acteur se serait inspiré d’un concert de Bruce Springsteen au Roxy à Los Angeles où le chanteur, de dos, aurait demandé à un public en liesse : « You talkin’ to me ? »…

EG

 
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