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18/02/2011

"Nouvelle Vague allemande" et "Ecole de Berlin" : coup politique ou véritable mouvement artistique ?

 

image4_1189183725.jpgMercredi 16 février, dans le cadre de la section Panorama, avait lieu au « Delphi Filmpalast » la première mondiale de Dreileben. Comme nous l’évoquions dans un précédent article, il s’agit d’une série télévisée allemande composée de trois films de 90 minutes. Chaque épisode traite du même évènement mais sous un angle et une approche formelle différents. Les auteurs de ces trois œuvres ne sont autres que Christian Petzold, Dominik Graf et Christian Hochhäusler, trois réalisateurs associés à la « nouvelle vague allemande », plus précisément à « l’Ecole de Berlin ». Ce terme recouvre-t-il une réalité concrète, celle d’un mouvement artistique ou s’agit-il d’une simple étiquette utile dans les festivals internationaux ?

La Berliner Schule (terme allemand) est le nom donné à cette « nouvelle vague allemande », symbole d’un renouveau du cinéma d’auteur en Allemagne. Ce terme prend racine au début des années 2000, date de la "renaissance" du cinéma allemand. Explosion quantitative et qualitative, les films allemands sont plus nombreux sur les écrans et sont de meilleures qualités. De jeunes cinéastes apparaissent et donnent une certaine vitalité à ce cinéma, même si le succès public et commercial reste assez marginal. Ces films lorgnent davantage du côté des festivals, néanmoins le film Nirgendwo in Afrika de Caroline Link remporte, en 2003, l’Oscar du meilleur film étranger. Le Tambour de Volker Schlöndorff était le dernier film allemand à avoir remporté ce prix en 1980. D’autre part, la nomination en 2001 de Dieter Kosslick à la tête de la Berlinale a accélèré la visibilité des films de cette nouvelle génération.

On peut aussi rappeler que, le renouveau du cinéma allemand se conjugue dans certains cas avec succès commercial, Good Bye Lenin (2003) de Wolfgang Becker, La Vie des Autres (2004) de Florian Henckel von Donnersmarck et les succès des films de Fatih Akin en sont les exemples les plus révélateurs. On peut donc opérer une distinction au sein de ce renouveau du cinéma allemand. L’ « école de Berlin » serait le versant cinéma d’auteur de cette nouvelle vague, étiquette pratique pour des films dont le succès commercial est mince. Les principaux cinéastes de ce « courant » se nomment Christian Petzlold, Christoph Hochhäusler, Benjamin Heisenberg, Angela Schanelec, Ulrich Köhler ou encore Thomas Arslan.

Ce terme d’ « école de Berlin » semble assez imprécis dans la mesure où il ne représente pas un groupe ou un mouvement revendiqué mais davantage un réseau d’amis établis à Berlin et collaborant de temps en temps ; un ensemble d’artistes formés dans les plus grandes écoles allemandes de cinéma. Certains réalisateurs allemands, éloignés de cette école, y voient davantage un « coup politique », une étiquette bien utile, grâce à laquelle la qualité intrinsèque du réalisateur se substituerait à la force du groupe. Le réalisateur de La Vie des Autres, Florian Henckel Von Donnersmarck a un avis tranché sur la question et affirme qu’il « (…) n’y a pas de Nouvelle Vague ! », ce dernier continue en déclarant : « Je crois que leur travail est bien plus reconnu en France qu’en Allemagne où cette nouvelle vague n’est pas si remarquée que ça…Mais je crois que le fait que certains acceptent le label « Nouvelle Vague » ou « école berlinoise » s’explique davantage par des questions politiques. Chaque fois que l’on parle d’Ulrich Köhler, on parle de Christoph Hochhäusler ou de Benjamin Heisenberg et voilà ça multiplie la présence ! Je ne me sens pas faire partie de cette Nouvelle-Vague ». Aussi, cette étiquette donnerait une visibilité disproportionnée à certains réalisateurs associés au groupe (tout le monde sait bien qu’on ne peut parler de Truffaut sans parler de Godard bien que leur style et leurs propos diffèrent).

De plus, cette étiquette est remise en cause par des réalisateurs appartenant à ce groupe, venant ainsi infirmer la thèse défendue par Donnersmarck. Dans un entretien donné au journal Le Monde le 11 avril 2009, Christian Petzold considère que « comme [pour] beaucoup d’écoles, c’est une invention journalistique », et rajoute même que « contrairement à la Nouvelle Vague en France, qui disposait de soutiens dans certaines institutions et qui émergeait à une époque de profonde mutation sociale, les jeunes réalisateurs allemands restent terriblement isolés dans l’industrie du cinéma ».

Ces derniers se rejoignent néanmoins par leur goûts et influences en matière de cinéma : Robert Bresson, Rainer Werner Fassbinder, Michelangelo Antonioni, Claude Chabrol, et des contemporains comme Hou Hsiao-hsien, Abbas Kiarostami, Hong Sang-soo, Apichatpong Weerasethakul, les Frères Dardenne, Bruno Dumont, sans oublier le cinéma hollywoodien. Au-delà d’une qualité artistique indéniable, d’une beauté plastique (Cf Le Braqueur de Benjamin Heisenberg en compétition à la Berlinale en 2010 et sorti en France fin 2010), les films de cette nouvelle génération se rejoignent sur certains aspects. Leur goût pour les histoires et paysages germaniques les relient aux films des anciennes générations. Les personnages mis en scène ont souvent des caractéristiques communes et sont pour la plupart dans une « quête désespérée de bonheur ». Les thèmes, à l’instar de ceux développés par les Frères Dardenne, sont proches du réel et du quotidien, Christoph Hochhaüsler va même jusqu’à définir la Nouvelle Vague allemande comme « l’irruption de la réalité dans le film allemand ».

« Ecole de Berlin » ou pas, le plus important n’est pas là : Christian Petzold nous aura permis de rencontrer « la belle » Nina Hoss (premier rôle des films Yella (2007) et Jerichow (2008) et membre du jury de la Berlinale 2011), il mérite qu’on le laisse un peu tranquille…

PHC

Note : la Photo en haut de l'article représente l'actrice Nina Hoss et le réalisateur Christian Petzold

 

La bande-annonce du film Le Braqueur (2010) de Benjamin Heisenberg

 

 

 

14/02/2011

Michel Ocelot : le triomphe de l'animation française

 

ocelot.jpgDimanche 13 février, 17h, aux abords du « Berlinale Palast ». Notre promenade post-interview est interrompue par l’arrivée subite du réalisateur français Michel Ocelot accompagné par Christophe Rossignon, le producteur de son nouveau film Les Contes de la Nuit, et l’équipe technique. Le temps de filmer quelques instants et de s’apercevoir sur l’écran géant placé à l’entrée du Palais. Un petit jeu s’installe, le caméraman nous filme, nous nous filmons sur l’écran, un instant amusant et quelques images souvenirs. Malgré le froid, l’ambiance est festive aux abords de la salle. Ce soir on s’exprime en 3D : vont s’enchaîner Les Contes de la Nuit de Michel Ocelot, Pina de Wim Wenders et Cave of Forgotten Dreams de Werner Herzog.

C’est donc Michel Ocelot qui ouvre le bal avec Les Contes de la Nuit, film d’animation diffusé en 3D. Nous n’avons malheureusement pu assister au film du seul réalisateur français en compétition officielle à la Berlinale, interviews obligent. Nous attendrons donc sa sortie en juillet et nous nous consolerons en lisant le synopsis sur la catalogue de la Berlinale : « Toutes les nuits, un garçon, une fille et une vielle technicienne se rencontrent dans un cinéma désaffecté et déjà un peu délabré. La salle recèle en effet un secret. En vérité, le cinéma est un endroit magique que le trio explore en inventant des choses, en se déguisant et en se figurant vivre des histoires qui deviennent vraies pour eux au cours de ces nuits-là. Il y a un magicien et des elfes qui prennent possession des lieux, de braves valets d’écurie qui se consument pour de belles princesses, des loups garous qui hurlent et des dames insensibles qui s’offusquent en faisant froufrouter leurs robes de taffetas. Il y a des villes en or et des forêts si profondes que personne ne trouve plus le chemin pour en sortir. L’univers magique est parcouru d’ondes harmonieuses et des chœurs célestes rivalisent avec les sonorités mates de tambours magiques. Au cours de nuits pareilles, la méchanceté peut déclencher le plus grand des malheurs mais pour finir, c’est toujours le bien qui l’emporte. »

Né en 1943 à Villefranche-sur-mer, il passe son enfance en Guinée puis son adolescence à Angers. Il se tourne assez jeune vers les arts graphiques, étudie aux Beaux-Arts de Rouen, avant de rejoindre les Arts décoratifs de Paris et de compléter sa formation par un passage au California Institute of the Arts. Plongé depuis 35 ans dans l’animation, le succès lui vient assez tardivement (Michel Ocelot, dans un entretien accordé à Ecran Total*, regrette, dans un premier temps, de ne pas avoir eu accès aux outils, et d’avoir, par conséquence, perdu beaucoup de temps) mais la reconnaissance de ses pairs est quasi-immédiate. Ses courts métrages d’animation sont primés en festival. Son court Les Trois Inventeurs obtient un prix aux BAFTA (British Academy of Film and Television Arts) en 1979 à Londres. De même, La Légende du pauvre bossu reçoit en 1983 le César du meilleur court-métrage d’animation. La vie professionnelle de Michel Ocelot change à partir du succès de son premier long-métrage d’animation Kirikou et la sorcière en 1998. Les aventures de Kirikou, petit garçon qui parle déjà dans le ventre de sa mère, se situent dans un petit village de l’ouest africain.

Michel Ocelot a depuis enchaîné quatre longs-métrages d’animation, dont le très remarqué Azur et Asmar retenu en 2006 à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Une reconnaissance internationale de son travail qui lui vaut une invitation à Cannes en 2006 pour présenter son film devant un public de 3000 enfants. Une reconnaissance qui lui vaut surtout d’être sélectionné cette année en compétition à la Berlinale. Michel Ocelot le seul réalisateur français à participer à la compétition officielle de la 61ème édition de la Berlinale ; et est surtout le seul à présenter un film d’animation en sélection.

Il est le symbole d’un cinéma d’animation français de plus en plus reconnu, à l’instar de Sylvain Chomet qui obtint en 2003 l’Oscar du meilleur long-métrage d'animation pour Les Triplettes de Belleville, ou de Marjane Satrapi, dont le Persepolis reçut le prix du Jury au Festival de Cannes en 2007 et fut nommé à l’Oscar 2008 du meilleur film d’animation. Une reconnaissance qui touche l’ensemble de l’animation française, illustrée par le succès des étudiants d’animation français en festival. A noter aussi le récent succès du court-métrage français d’animation Logorama, réalisé par le studio H5 et couronné de l’Oscar en 2010. Ce film a surtout réussi à enchaîner les prix à Cannes, Clermont-Ferrand et aux Oscars, ce qui reste assez exceptionnel pour un court-métrage. On attendra le dimanche 20 février et la remise des prix de la Berlinale pour mesurer un peu plus précisément le poids de l’animation française à l’international. On peut déjà affirmer que le cinéma français d’animation aux paysages divers et aux univers affirmés n’a pas fini de faire parler de lui…

* Ecran Total, n°838, semaine du 9 au 15 février 2011

PHC

 

En bonus, une interview de Michel Ocelot qui parle des techniques d'animation et de ses films. Il y présente Les Contes de la Nuit.

 

02:05 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

13/02/2011

Werner Herzog : interview imaginée

werner.jpgA l’occasion de la 61ème édition de la Berlinale, une séance spéciale est consacrée au nouveau documentaire 3D de Werner Herzog Cave Of Forgotten Dreams. Inutile de préciser que le réalisateur allemand n’en est pas à son premier coup d’essai en la matière. Depuis Au Pays du Silence et de l’Obscurité (1971) jusqu’à Encounters At The End Of The World (2007), il n’a cessé d’exploiter cette matière narrative, la redessinant en permanence.

En effet, comme le souligne Olivier Père (directeur artistique du Festival de Locarno) dans le n°663 des Cahiers du Cinéma « chez Herzog, l’effet de surprise et de sidération, l’étrange beauté compte sans doute davantage qu’un quelconque assujettissement au réel, documentaire ou pas ». Son dernier documentaire n’y déroge pas, mêlant éléments préhistoriques (peintures rupestres) et nouvelles technologies (utilisation de la 3D), introduisant des crocodiles albinos venus de Louisiane, W. Herzog privilégie la beauté au principe de réalité.

Je suis particulièrement impatient d’assister à la projection du film, dimanche soir peut-être…

En attendant j’ai préparé quelques questions à la volée au cas où il souhaiterait que je l’interviewe (on n’est jamais trop prudent) :

Je souhaiterais d’abord lui demander comment on survit lorsqu’on grandit dans un village perdu de Bavière. Il me répondrait sans doute qu’il a vécu une enfance heureuse, que ses besoins étaient infimes, que l’air de la montagne est tonifiant et ses longues marches vivifiantes.

Je pensais aussi l’interroger sur son ancien rêve de devenir champion de saut à ski, auquel cas il me répondrait sans doute qu’il souhaitait « prolonger le plaisir de goûter à l’expérience suprême de la solitude »

J’en profiterais, au passage, pour lui demander le nom du futur champion olympique de saut à ski (paraît-il que c’est le meilleur à ce jeu là…) ? Alors Werner, Adam Malysz ou Jane Ahonen ?

Pourquoi ne pas l’interroger sur le plaisir de la marche ? Il me répondrait sans doute très justement à l’aide d’une maxime, comme il le fait dans son entretien avec Emmanuel Burdeau (Manuel de Survie), que « le monde se révèle à ceux qui vont à pied ».

On pourrait aussi parler de la Eisnerin (surnom affectueux qu’il donnait à l’historienne et critique de cinéma allemande Lotte Eisner), à cette occasion je lui demanderais si, pour lui avoir sauvé la vie, elle l’avait au moins remercié. « La Eisnerin n’a à dire merci à personne » qu’il rétorquerait. (Au mois de Novembre 1974, Herzog apprend que Lotte Eisner, se trouvant à Paris, est gravement malade et proche de la mort, il décide alors de se rendre à pied à Paris depuis la Bavière, se jurant qu’à la suite d’une telle expérience la Eisnerin ne pourrait mourir. Le livre Sur le chemin des glaces, sous forme de carnet de bord, relate ces longues journées de marche du 23 novembre au 14 décembre 1974. Lotte Eisner est décédée le 25 novembre 1983)

Je saisirais l’occasion pour lui demander s’il se pense meilleur écrivain que cinéaste. Il me répondrait convaincu, que ces livres resteront davantage que ses films.

On passerait du coq à l’âne, je le questionnerais sur sa passion pour les reptiles. Peut-être un œil particulièrement expressif…

On dériverait sans doute sur la vie dans la jungle, la violence de la nature, la nécessité de faire du cinéma « au bord du désastre ». Peut-être me dirait-il simplement que des grands soucis valent mieux que des petits tracas.

On penserait forcément « survie » et je lui demanderais qu’il me cite la chose qui lui manquait le plus pendant la préparation et le tournage de son film Fitzcarraldo. Fier et ému, il me répondrait sans hésiter « mon fils et la Eisnerin », avant de rajouter qu’il trouvait du réconfort auprès de Höderlin et Büchner.

On ne pourrait échapper à la fameuse question sur ses relations avec l’acteur Klaus Kinski. Il commencerait par démentir tous les « mensonges » racontés à son sujet dans la biographie de Kinski, pour finalement me dire que les deux se complétaient formidablement

Je lui rappellerais alors, comme il le fait dans son documentaire Ennemis intimes, qu’il avait tout de même envisagé de le tuer. Lassé il me rétorquerait de manière triviale qu’« on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs »

On parlerait peut-être un peu cinéma, je lui demanderais alors si l’héritage de Lang et de Murnau est un poids ou une chance ? En fait, on aurait pas beaucoup envie de parler de cinéma

Bizarrement on dériverait vers un autre héritage sans doute beaucoup plus difficile à porter. On parlerait assez longtemps de la génération de ses parents. Il finirait par me parler d’Heinrich Böll.

Je le questionnerais sur son rapport à la mort, sa propre expérience. Calme et froid il me dirait que ce n’est pas un sujet auquel il pense, que, quoiqu’il se passe, il doit aller au bout des choses, que l’inachevé a un goût de petite mort. Je finirais par lui lire ce passage écrit dans son livre La Conquête de l’Inutile : « Hier Walter m’a tiré très tôt de mon sommeil, à quatre heures du matin, alors qu’il faisait encore nuit noire ; il y avait un appareil pour Lima une demi-heure plus tard. J’ai sauté encore endormi dans mes vêtements, dans une chaussure, puis dans l’autre, mais une chaussette roulée en boule était enfoncée à l’intérieur. J’ai glissé ma main dans la chaussure et j’ai réalisé tout à coup que je tenais une mygale velue grosse comme le poing. J’ai jeté l’araignée sur le sol et me suis dit à quel point c’était banal et humiliant de perdre la vie de cette façon. J’ai réfléchi un moment pour savoir si je devais m’asseoir ou si je préférais me relever et être debout. Lorsque je me suis décidé à constater debout ce qui s’était passé, mon cœur s’est mis brusquement à cogner lourdement, toussant d’abord comme un moteur qui refuse de démarrer dans le froid. J’étais assis, silencieux, dans la Jeep, fâché contre moi-même et contre le monde des grandes araignées » (page 68-69, W. Herzog, La Conquête de l’inutile, éditions Capricci, 2009).

En guise de dernière question je ne pourrais m’empêcher de lui demander la raison de sa longévité dans le cinéma ? Il me répondrait que son propos s’est affiné au fil des ans et qu’il est sans doute un des cinéastes les plus talentueux. J’acquiescerai timidement …

PHC

19:40 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

 
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